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Jouets de l'Erzgebirge

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Petite histoire de grandes miniatures

L'ERZGEBIRGE – "Monts métallifères" en curieuse traduction française – est la partie de l’Allemagne qui jouxte la république Tchèque et la Pologne, sous une ligne qui va de Chemnitz à Dresden.

En périodes d’hiver, puis lors du déclin des mines locales (étain), les villageois occupaient leur temps libre, pour nourrir leur porte-monnaie, en créant, sculptant, tournant le bois, abondant dans la région, et produisirent quantité d’objets ménagers usuels, ainsi que des jouets. Jouets souvent de grandes dimensions: fermes, étables, écuries, maisons de poupées, petits intérieurs ou magasins, chariots, moulins, tout était vu "en grand".  Mais les temps changent, et, entre 1880 et 1900, le prix du bois triple et une nouvelle taxe vit le jour, appliquée à l’exportation, en fonction du poids des jouets. CQFD.  Le jouet est toujours une transposition de la réalité. Ici, la réalité économique influença sa taille et c’est ainsi que, depuis lors, les collectionneurs parlent d’Erzgebirge pour catégoriser ce type de jouet.

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En dehors des myriades de maisons de poupées et intérieurs produits par de grandes firmes (il faut une petite encyclopédie pour les recenser), l’une des plus importantes caractéristiques des jouets de l’Erzgebirge sont les animaux produits en tournage. La techniques est étonnante, et n’a été copiée en aucun autre endroit au monde, vu sa difficulté. Imaginez un trons d’arbre, de l’épicea, que l’on fixe sur l’axe d’un tour à bois horizontal, et que l’on évide, à l’aveuglette pour produire une couronne de bois, profilée, qui, après avoir été travaillée sur les deux faces, donne une sorte de couronne – littéralement un pneu, puisque la technique s’appelle "Reifendrehen: rotation de pneus" qui est alors découpée en petites tranches faisant apparaître le profil obtenu par l’artiste (au prix de longues années d’expérience).

Les animaux ont la croupe plus large que l’avant (sauf morphologie inversée comme pour l’aigle ou le coq) car la croupe est à l’extérieur de la circonférence de la couronne.  Après tournage (qui se fait bois humide puisque les troncs flottent dans une mare avant de rejoindre l’atelier) on procède à la découpe, puis certaines parties sont évidées (entre jambes) ou dégrossies pour ajouter du réalisme, et, en fonction du prix de vente ou de la qualité à obtenir, on ajoute queue, cornes ou oreilles,  puis on passe à la peinture ou au flocage avant d’arriver au produit fini.

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Dans certaines de nos vitrines, vous verrez des animaux particulièrement fins. Pourquoi ? Ce sont des pièces produites en période de disette, et découpés en minces tranches, afin d’en produire un plus grand nombre dans une couronne donnée.  C’est donner ici une petite idée du niveau de vie souvent misérable dans lequel vivaient ces producteurs, travaillant 12 heures par jour et plus, pour produire en série, avec l’aide des enfants même en bas âge – très habiles pour peindre ou mettre en place les petits détails.  Des familles avec 8 enfants – dormant entassés sur des lits de fortune – devaient travailler inlassablement pour produire des quantités de ces petites merveilles, qui étaient achetées par des Verleger (assortisseur-grossiste) avant d’être ajoutées aux arches de Noé, écuries, petits villages et autres petits véhicules.

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Les Verleger étaient présents dans de nombreux coins, et en contact avec le monde entier aux grandes foires comme Leipzig.  Ils avaient également des comptoirs à Londres, New-York et autres pôles mondiaux  Le monde entier fût inondé d’arches de Noé , et principalement les pays anglo-saxons, puisque l’arche, de par son rapport biblique, était le seul jouet réputé « autorisé pour jouer le dimanche » !

 

Chaque village avait sa spécialité.  Les uns produisaient les arches en bois nu ; les autres s’occupaient à les peindre ou décorer.  Les assortisseurs-grossistes y ajoutaient les animaux, 6 pièces dans les plus petites arches, et jusqu’à 300 paires d’animaux dans les pus grandes.  Les plus rares sont souvent les plus grands, ou ceux de belle facture. La peinture était presque toujours  la "Leimfarbe", du type tempera , c'est-à-dire un mélange de colle ou de blanc d’œuf additionné de pigments de couleur, ce qui donne cet aspect mat caractéristique.

Nous possédons une centaine d’ouvrages consacrés à cette magnifique région et ses jouets, et y voyageons régulièrement depuis 20 ans.  Dans plusieurs villages, tous les 50 m vous trouverez encore un fabricant ("tous les 5 m en 1900" vous diront les vieux locaux).  De nombreux musées vous permettent de découvrir l’incroyable richesse de collections amassées au fil des ans.  Voyez Dresden (Volskundemuseum), Seiffen (2), Grünhainichen, Scharfenstein, Olbernhau,  Lichtenstein,  Görlitz,

Hélas, nous sommes au XXIième siècle, et, souvent sous prétexte de sécurité on a aseptisé le jouet (au profit des multinationales produisant des monstres en plastique), et beaucoup de ces petites merveilles n’ont plus le label « jouet », car du bois peut casser et blesser, la peinture peut être nocive, etc.  Ce qui rend difficile la position de tous ces artisans passionnés et fiers de leurs créations perpétuées de génération en génération.

Allez leur rendre visite. La région est belle, les villages accueillants, les prix de nuitées trrrrès raisonnables, les magasins de jouets, les ateliers, sont ouverts pour ébahir vos yeux.  Nous vous conseillerons volontiers quelques adresses  en fonction de vos pôles d’intérêts (musées, ateliers, villes, logements, restaurants, etc).

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Histoire de miniatures

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A.S.B.L. Musée du Jouet
Rue de l'Association, 24
1000 - Bruxelles
Belgique

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